Sarkozy TurquieSarkozy : "n'y a-t-il pas d'autre urgence" que nZgociations avec la Turquie. AFP - Nicolas Sarkozy, prZsident de l'UMP et numZro deux du gouvernement, s'est interrogZ...
L'Express du 15-03-2004 Prisons L'islam majoritaire
propos recueillis par Claire Chartier
Aprs l'Zcole, la prison. DZlaissant les effets de voile, le gouvernement se penche sur le prosZlytisme musulman tapi derrire les barreaux. Le ministre de la Justice, Dominique Perben, vient d'annoncer qu'un enseignement sur ce type de danger fondamentaliste sera dispensZ aux futurs surveillants ^ partir de la rentrZe prochaine. Et Nicole Guedj, secrZtaire d'Etat aux Programmes immobiliers de la justice, s'inquite de la prZsence de groupes islamistes en prison. L'alerte est donnZe. Mais que faut-il craindre au juste?
L'administration pZnitentiaire ne dispose d'aucune donnZe prZcise sur l'influence de ces extrZmistes auprs des autres dZtenus. C'est dire combien le nouvel ouvrage de l'islamologue Farhad Khosrokhavar est pbuttionnant. Dans L'Islam dans les prison (Balland), ce directeur d'Ztudes ^ l'Ecole des hautes Ztudes en sciences sociales explore avec minutie l'intimitZ des fidles d'Allah, qu'ils soient radicaux ou modZrZs. Un travail inZdit, rZalisZ pendant plus de deux ans auprs de 160 dZtenus dans trois prisons reprZsentatives de la population carcZrale franaise, situZes en Ile-de-France et dans le Nord. L'islam est dZsormais la religion majoritaire en prison. La RZpublique la.que doit en tenir compte, conclut le sociologue. Il s'explique en exclusivitZ pour L'Express.
PEUT-ON ESTIMER LA PROPORTION DE DfTENUS MUSULMANS? Elle oscille entre 50% et 80% dans les Ztablissements proches des quartiers sensibles. Nous n'avons pas de statistiques officielles, puisqu'il est interdit de distinguer les gens selon leur confession, mais nous disposons d'indices: le fait de manger du porc, le prZnom, la pratique du ramadan. Indices que l'on peut croiser avec le nombre d'enfants nZs de pre maghrZbin, qui ont de fortes chances d'tre musulmans. Ces dZtenus sont environ dix fois plus nombreux que les autres. Il s'agit essentiellement d'hommes jeunes, entre 18 et 35 ans, issus des banlieues.
LES ISLAMISTES GAGNENT-ILS DU TERRAIN? Les Ztablissements pZnitentiaires ne consbreastuent pas un vivier de formation des intZgristes, mme si la menace existe. Les barbus, comme les appellent les autres dZtenus, forment une pebreaste minoritZ qui suscite ^ la fois fascination et rejet. Beaucoup de dZtenus les jugent trop extrZmistes. La plupart du temps, les prisonniers refusent de se mler de politique.
COMMENT EXERCENT-ILS LEUR PROSfLYTISME? Pour certains, d'individu ^ individu. Le dZtenu islamiste Ztablit le contact durant la promenade ou sur le terrain de sport, fait circuler le Coran ou d'autres livres et cbuttettes, s'Zrige en exemple de piZtZ et force son interlocuteur ^ faire le ramadan et les prires. Des prisonniers m'ont dit: J'ai rencontrZ un frre ici qui m'a remis sur le droit chemin. Comme ces Ztablissements sont souvent bondZs, je vois mal comment l'insbreastution carcZrale pourrait contrTler cela. D'autres s'adonnent au prosZlytisme nZocommunautaire: ils prennent la place des imams - souvent manquants - et s'autoproclament reprZsentants de l'islam. Ils font la prire collective durant la promenade, leur tapis ^ la main, alors que c'est souvent interdit par le rglement. Certains lancent le cri du muezzin de leur cellule pour annoncer l'heure de la prire. Les surveillants sont obligZs de trouver des compromis, parce qu'ils n'ont pas les moyens d'intervenir chaque fois. Il faut avoir de la place pour mettre 20 personnes au mitard en mme temps! En outre, les islamistes peuvent leur tre utiles pour prZvenir les bagarres, du fait de leur influence. L'atbreastude des gardiens dZpend de la politique de l'Ztablissement.
LES ORGANISATIONS MUSULMANES TROUVENT CES FIDLES ENCOMBRANTS
LE MILIEU CARCfRAL EST-IL PROPICE AUX CONVERSIONS? Toute incarcZration provoque une rupture propice ^ la spiritualitZ. Mais l'islam prZsente une caractZristique qui le rend particulirement sZduisant aux yeux des dZtenus en qute de dignitZ: c'est la religion des dominZs. Le christianisme, en revanche, est la religion des anciens pays colonisateurs. De plus, devenir musulman n'est pas difficile: il suffit de prononcer une phrase devant tZmoins qui pose l'unicitZ de Dieu et l'authenticitZ de Mahomet comme son prophte. De fait, les conversions ^ l'islam ont augmentZ durant la dernire dZcennie, m'ont confirmZ les ministres du culte musulman que j'ai rencontrZs. Il ne se pbutte pas une semaine sans qu'un prisonnier de culture chrZtienne vienne leur dire qu'il veut se convertir, sans forcZment aller jusqu'au bout. Parmi ces convertis, on trouve aussi bien des mystiques rigoristes que des islamistes. Je pense ^ Thomas, alias Omar, 23 ans, nZ d'un pre la.que et d'une mre catholique. Omar est tellement persuadZ d'avoir ZtZ victime d'une injustice Znorme de la part de la sociZtZ franaise que sa colre se mue en une rZvolte gZnZralisZe contre l'Occident. C'est ce glissement de la souffrance individuelle au combat idZologique collectif qui est dangereux.
QUE REPRfSENTE L'ISLAM POUR LA MAJORITf DES DfTENUS? Une Zthique. Un code moral que la sociZtZ n'a pas su leur inculquer. La religion d'Allah fournit ^ chacun l'occasion de se racheter, en affirmant son idenbreastZ ^ l'Zcart de la dZlinquance. L'islam est le seul des trois monothZismes ^ promettre ^ la fois le salut aprs la mort et une vie dans la justice ici-bas. Pour une dernire catZgorie, minoritaire, de dZtenus, l'islam est une faon de se donner bonne conscience sans renoncer ^ son comportement dZlinquant.
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CES DIVERGENCES SE REFLTENT-ELLES DANS LES PRATIQUES? Absolument. La pratique de l'islam en prison tient du bricolage. Certains jeznent pendant le ramadan, d'autres pas, ou laissent tomber au bout de quelques jours. Certains boivent de l'alcool et mangent du porc ou fument du haschisch. Bien peu font les cinq prires quotidiennes. Bref, il y a les intZgralistes et les laxistes, comme chez les musulmans du dehors. Ce qui pose des problmes de sZcuritZ. Par exemple, la prire collective du vendredi est souvent interdite, faute d'imam pour la diriger. Les surveillants ne sont pas suffisamment nombreux pour intervenir en cas de bagarres. Autre source de friction: la fouille des cellules pendant la prire. Les dZtenus se plaignent d'tre interrompus. Certains gardiens acceptent de ne pas les dZranger, d'autres considrent la fouille comme une prZrogative imprescriptible. Mme chose pour le tapis de prire. Les prisonniers n'ont pas le droit de l'emporter hors de leur cellule, dans les parties communes, considZrZes comme un espace la.que. Du coup, certains utilisent une serviette. Les gardiens ne peuvent pas rZagir systZmatiquement.
C'EST LA STRATfGIE DU HARCLEMENT! Certes, mais les musulmans ont un argument de poids: l'insbreastution ne traite pas l'islam sur le mme pied que les autres religions. Exemple: la viande halal. La cantine de la prison vend de la viande kasher, mais pas halal, sauf dans certains Ztablissements comme ceux de l'est de la France, sous rZgime concordataire. Du coup, certains ont le sentiment que les juifs sont privilZgiZs. D'autant que ces derniers peuvent faire shabbat. Tout comme les catholiques se regrouper pour la messe du dimanche et recevoir des colis ^ No'l. De nombreux musulmans se plaignent de ne pas avoir le droit de recevoir des cadeaux lors de la fte de l'A.d, ^ la fin du ramadan. No'l a perdu de son caractre religieux, mais son origine est bien chrZtienne!
CfDER AUX REVENDICATIONS DES DfTENUS MUSULMANS, N'EST-CE PAS CfDER AU COMMUNAUTARISME? Nous sommes devant un phZnomne qui appelle des solutions particulires. Prenez l'Zcole. Dans l'insbreastution scolaire, le problme du voile concerne les filles. En prison, la question de l'islam concerne les hommes et elle se pose vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Il faut promouvoir une la.citZ plus engagZe dans la prise en charge pratique des problmes. Et le premier problme, c'est la pZnurie d'imams en prison. Il ne faut pas s'Ztonner si les radicaux jouissent d'une certaine audience lorsqu'on voit le nombre dZrisoire d'aumTniers musulmans. En 2003, il y avait 513 aumTniers catholiques - dont 181 indemnisZs - 267 protestants, et 68 plus 1 musulmans, dont 30 indemnisZs, dans les Ztablissements pZnitentiaires franais. L'insbreastution pZnitentiaire ne peroit pas la gravitZ du problme. Avec un tel taux de dZtenus pratiquants se rZclamant d'une mme confession, la conception de la la.citZ ne peut pas tre la mme que celle qui prZvalait dans une France trs sZcularisZe. Si nous esquivons l'obstacle au nom de la la.citZ, nous laissons le champ libre ^ une radicalisation que nous aurons par la suite du mal ^ ma"triser. C'est ^ l'Etat de prendre les choses en main pour Zviter les dZrapages, en dZgageant des moyens humains et financiers.
Dans les trois prisons que j'ai visitZes, aucune buttociation musulmane ne s'est mobilisZe pour Zpauler les prisonniers. Les organisations qui ont pignon sur rue trouvent encombrants ces fidles sous les verrous. Soyons rZalistes: les communautZs musulmanes en France sont trs hZtZrognes. Le Conseil franais du culte musulman mettra dix ans avant de pouvoir tre opZrationnel en ce domaine, s'il y parvient jamais.